36

Donald Penny inspecta l’intérieur de la cabane en pensant qu’il préférait décidément les hôtels cinq étoiles. Il n’y avait pas là le confort auquel il était habitué : pas de salle de bain, pas d’eau courante, pas d’électricité et pas de matelas sur les lits de bois. Il ressortit et vit Galahad debout dans l’enclos à caresser l’encolure d’un cheval. Donald vint s’appuyer à la clôture.

— Cette bête est docile, l’informa le chevalier. Elle sera parfaite pour Terra.

— Il nous a dit qu’il n’avait jamais fait d’équitation, se rappela Donald. Mais s’il était votre roi, au Texas, il aurait dû apprendre à monter à cheval, non ?

— Il a dû assimiler beaucoup d’information afin de pouvoir diriger l’ordre convenablement. L’équitation et les tournois étaient les derniers éléments à son horaire. Il n’a jamais eu le temps de s’y consacrer.

— C’est donc pour cette raison qu’il tenait à tout prix à accompagner les élèves en randonnée équestre à la fin des classes. Il y a tellement de choses qu’il n’a pas encore pu faire. Il m’a dit qu’il rêvait de monter sur un voilier, de nager avec des dauphins, de piloter un avion et d’aller à Disneyland.

— À Disneyland ? s’amusa Galahad.

— Eh oui, notre grand savant rêve de rencontrer Mickey Mouse.

Donald entra dans l’enclos et caressa aussi le cheval destiné à l’astrophysicien. Galahad avait raison : c’était un animal très calme qui ne risquait pas de catapulter Terra dans un ravin ou une rivière.

— Quelle est la différence entre ce que vous faites dans l’ordre et le jeu des Donjons ? voulut-il savoir.

— L’ordre est réel, tandis que les Donjons sont un jeu d’esprit dans lequel nous choisissons de devenir des personnages mythiques. Terra et moi achetions des cartes de jeu qui nous mettaient dans des situations particulières, où nous devions nous débrouiller avec notre seule imagination. Nous aimions beaucoup échapper à la pression de notre travail en devenant d’autres personnages. Le pas entre ce jeu de rôles et l’ordre a été plutôt facile à franchir pour nous.

— J’ai du mal à imaginer Terra en costume de chevalier.

— Pourtant, cela lui sied à merveille.

— Est-ce que tu retourneras au Texas lorsque nous aurons délivré Terra ?

— Je n’en sais rien. J’ai besoin de l’ordre et de la sécurité que me procurent mes frères, mais ma vie n’a plus de sens loin de Terra. Peut-être que je m’établirai au Canada pour mieux le protéger.

— Moi, ça me plairait que tu viennes rester dans notre patelin.

Galahad reçut cette marque d’amitié avec un sourire. Il tourna alors la tête vers la route. Quelques secondes plus tard, Donald entendit à son tour le moteur du camion de Keaton. Galahad, qui avait une plus grande expérience des chevaux que ses deux compagnons, se chargea de faire descendre les bêtes de la remorque et de les conduire dans l’enclos. Il vérifia les brides et les selles que Keaton avait reçues en même temps que les chevaux : elles semblaient convenir.

Keaton leur montra ensuite les cartes géographiques fournies par le magicien. Galahad les avertit qu’ils devraient éviter de traverser trop de rivières, parce que Terra ne savait pas nager. Il traça une route à l’orée de toutes les forêts qui les séparaient de la Colombie-Britannique. Ils pourraient s’y cacher et éviter ainsi d’être repérés par les hélicoptères et les satellites. Ben Keaton décida qu’il les laisserait accompagner Terra Wilder et qu’il les suivrait de loin pour masquer leurs pistes et faire la vie dure à leurs poursuivants.

Après un repas commun de concentrés de dinde, Galahad s’isola près de l’enclos. Si Terra pouvait communiquer avec lui grâce à la télépathie, c’est donc qu’il possédait aussi ce pouvoir. Il calma son esprit et tenta l’expérience avec sa belle. Milady, je veux seulement vous dire que je me porte bien et que notre seigneur est sur le point d’être libéré de sa prison.

Chance venait d’entrer dans la maison de sa grand-mère pour étudier lorsqu’elle entendit la voix de Galahad. Elle laissa tomber ses livres et le chercha partout. Je voulais aussi vous dire que je vous aime. Elle comprit alors que le chevalier s’adressait directement à son esprit et qu’il était toujours sauf. Elle déclara à voix haute qu’elle l’aimait elle aussi et qu’il lui manquait, en espérant qu’il l’entendrait.

 

* *

*

 

Dans la base d’Orion II, Terra Wilder passait de longues heures devant l’ordinateur à perfectionner sans cesse la formule de l’alliage qui pourrait contenir l’anti-matière. Plusieurs savants militaires s’étaient massés devant les écrans de surveillance et ne cessaient de s’émerveiller de son génie. Lorsque le Hollandais effaça sa dernière formule, ils murmurèrent entre eux avec inquiétude. Ils furent doublement étonnés de le voir recommencer à écrire en utilisant cette fois des composantes qui impliquaient non pas la fabrication d’un alliage solide, mais plutôt l’installation d’un champ de gravité. Terra soumit sa nouvelle découverte au simulateur militaire et soupira avec soulagement lorsqu’il vit résister l’espace gravitationnel.

Derrière la grande fenêtre, tous les savants applaudirent, mais Terra ne pouvait pas les entendre. Il s’employait plutôt à réduire la taille du champ de gravité pour en tester la stabilité. Il arriva même à le simplifier jusqu’à ce qu’il soit de la grosseur d’un gros livre. Satisfait, l’astrophysicien demanda à l’ordinateur de bord de la station spatiale du simulateur de lui fournir une analyse complète de tous ses systèmes. Il voulait s’assurer que la nouvelle énergie circulait partout et qu’elle ne mettait aucun des autres programmes de survie en péril. Le docteur Hendrick rejoignit alors Terra dans sa cellule.

— Vous savez comment épater la galerie, docteur Wilder, admit-il.

— Il est dommage que mon talent n’ait pas été aussi reconnu lorsque je travaillais à Houston, répondit Terra avec un peu de rancune.

— Croyez-vous vraiment qu’un champ magnétique de cette taille suffira à contenir longtemps de l’anti-matière ?

— Mes vérifications indiquent qu’il pourra le faire éternellement, à condition, bien sûr, qu’on en supervise l’équilibre sur une base quotidienne. Je pense qu’un ordinateur pourrait facilement remplir cette fonction.

— L’armée a l’intention de mettre vos formules à l’épreuve dans le désert très bientôt.

— Faudra-t-il que j’assiste aux essais ?

— Non, docteur Wilder, fit la voix du général Howell dans les haut-parleurs. Mais nous vous informerons des résultats.

— Maintenant que je vous ai donné ce que vous voulez, est-ce que je pourrais au moins communiquer avec ma femme ? réclama Terra.

— Nous ne possédons malheureusement aucune ligne vers l’extérieur.

— Alors laissez-moi le faire à ma façon.

Debout devant les écrans de surveillance, le général pensa que c’était l’occasion rêvée de vérifier l’efficacité des puces que les ingénieurs avaient installées dans le cerveau du savant Hollandais. Il lui accorda donc sa permission et le docteur Hendrick sortit pour lui laisser quelques instants d’intimité, malgré le fait qu’il était observé par une dizaine de caméras. Terra prit place sur son lit de métal et ralentit sa respiration.

De retour auprès des savants et du général, le docteur Hendrick fut étonné de voir qu’ils avaient tous les yeux rivés sur un écran. Les mots JE SERAI BIENTÔT DE RETOUR CHEZ NOUS, AMY apparurent sur le fond noir. Ils se servaient des implants pour lire ses pensées ! JE LEUR AI DONNÉ LEUR ALLIAGE, ALORS ILS VONT BIENTÔT ME LAISSER RENTRER À LA MAISON.

Docteur Wilder, faites attention à ce que vous dites. Vos pensées sont transcrites sur un moniteur Terra mit fin à la transmission et foudroya du regard la fenêtre de surveillance.

— C’était court, mais nous savons maintenant que les puces fonctionnent bien, se réjouit le militaire. Nous ferons d’autres essais lorsqu’il dormira.

— Vous lui avez infligé de terribles douleurs la dernière fois que vous avez manipulé son cerveau, lui rappela Hendrick.

— Ne vous inquiétez pas, docteur, le rassura Howell. Nous n’avons pas l’intention d’endommager notre plus grand trésor national.

— Quand lui rendrez-vous sa liberté ?

— Probablement jamais. Maintenant que nous avons directement accès à ses pensées, il n’est même plus nécessaire qu’il soit conscient.

Le docteur Hendrick fit de gros efforts pour ne pas laisser paraître son irritation. Il exigea que Terra soit au moins installé dans une chambre plus confortable en échange de sa bonne volonté. Le général lui promit de faire le nécessaire et fit signe aux savants de retourner à leurs postes. Il permit aussi aux ingénieurs d’éteindre leurs écrans pour profiter d’un congé bien mérité. Hendrick attendit que tous eurent quitté la cabine avant de retourner auprès de Terra. Ce dernier était rouge de colère.

— Merci de m’avoir prévenu, dit le Hollandais.

— Vous pouvez parler librement, déclara Hendrick. Vous n’êtes pas sous surveillance pour l’instant.

— Qui êtes-vous ? Où avez-vous appris à donner la poignée de main des chevaliers ?

— Je suis un bon ami de sire Kay et de Galahad.

— Vous êtes le magicien ! comprit enfin Terra.

— C’est exact. J’ai emprunté l’identité du docteur Hendrick pour pouvoir m’infiltrer ici. Il n’y avait aucune autre façon de vous délivrer. En échange de vos efforts de cet après-midi, le général vous fournira une chambre moins bien gardée que cette cellule. Soyez prêt à me suivre sans poser de questions.

— Cela va de soi. Mais comment pourrai-je vous remercier ?

— Perpétuez l’ordre dans votre petite ville tranquille du Canada.

Terra ne pensait à rien d’autre qu’au confort de sa maison de Little Rock et aux bras rassurants d’Amy. Il espéra ne plus jamais revoir une formule scientifique de toute sa vie.

 

* *

*

 

Le général Howell était plutôt content de sa journée. Il avait réussi à obtenir les résultats qu’il voulait et il allait bientôt prendre sa retraite. Il entra dans son bureau. Cinq hommes dans la cinquantaine, tous de nationalités différentes, l’y attendaient.

— Puis-je vous aider, messieurs ? demanda prudemment le militaire.

— Nous sommes venus chercher le docteur Wilder, l’informa l’un d’eux, qui semblait d’origine asiatique.

Il lui présenta une lettre signée de la main même du Président des États-Unis. Le général la parcourut rapidement sans cacher son étonnement.

— Qui êtes-vous ? les questionna-t-il, plutôt contrarié.

— Nos noms ne vous diraient rien. Contentez-vous de savoir que nous faisons partie d’une branche invisible du gouvernement mondial.

Mais avant de leur remettre un homme aussi important que Terra Wilder, le militaire devait d’abord effectuer certaines vérifications. Il les pria d’attendre qu’il fasse quelques appels, question de s’assurer de la véracité du document qu’ils venaient de lui présenter. Cela faisait partie du protocole.

L’Asiatique inclina doucement la tête en lui indiquant toutefois qu’ils devaient repartir pour Washington avant minuit et qu’ils avaient la ferme intention d’emmener le savant Hollandais avec eux.

Les cinq hommes furent escortés jusqu’au grand salon, où les militaires recevaient généralement les invités qui n’avaient pas l’autorisation de circuler dans la base. Dès qu’ils furent partis, le général fit déplacer Terra Wilder dans la chambre d’un des officiers, afin que ces étranges personnages ne puissent pas le trouver pendant qu’il effectuait les vérifications nécessaires.

Le docteur Hendrick accompagna le prisonnier à son nouveau logis. Il lui fit enfiler des jeans, une chemise à carreaux et des espadrilles. Il lui donna aussi un manteau chaud en lui conseillant de le mettre sur-le-champ.

— Pourquoi êtes-vous si nerveux ? s’alarma Terra.

— Je sens la présence des chiens de chasse du sorcier.

Tous les muscles du Hollandais se raidirent.

— Nous devons partir sans délai. Finissez de vous habiller pendant que je neutralise le soldat qui garde cette porte.

Le magicien sortit de la chambre et revint quelques instants plus tard en traînant sur le sol le corps de la sentinelle. Il l’étendit sur le plancher pendant que Terra attachait ses souliers. Ce dernier passa ensuite un sarrau blanc par-dessus son manteau et suivit le magicien en silence dans un dédale de corridors.

 

* *

*

 

Après avoir vérifié l’authenticité de la lettre du Président, le général Howell n’eut d’autre choix que de remettre son prisonnier entre les mains des cinq hommes qui le réclamaient. Il les conduisit donc à la nouvelle chambre de l’astrophysicien et s’étonna de ne pas trouver de gardien à sa porte. Il entra prudemment dans la pièce et le trouva inconscient sur le sol. Sans perdre une seconde, il mit la base sur un pied d’alerte.

Au pied de la montagne, devant les portes d’acier de la base, Terra prenait sa première bouffée d’air frais depuis longtemps. Le magicien lui fit signe de se hâter. Ils se dirigèrent d’un pas rapide vers le stationnement en s’efforçant de conserver un air naturel.

Le magicien, sous les traits du docteur Hendrick, avait habitué les gardiens des grilles à le reconnaître en allant manger au village presque tous les soirs. Ils le laisseraient certainement sortir sans faire d’histoire. C’est alors qu’une alarme retentit. Immédiatement, une centaine de soldats émergèrent de la base comme une marée de fourmis prêtes à défendre leur colonie. Un officier rattrapa le docteur Hendrick et le savant qui l’accompagnait. Il les somma de revenir à l’intérieur jusqu’à ce qu’ils aient retrouvé le fugitif dont il ne pouvait pas révéler le nom.

— J’ai un important rendez-vous, protesta le magicien.

— Je suis désolé, docteur Hendrick, mais cet homme pourrait bien se trouver entre les véhicules dans le stationnement. Nous ne voulons pas qu’il vous arrive quoi que ce soit.

— Mais la base est en flammes ! indiqua le magicien en se tournant vers l’entrée creusée dans le roc.

L’officier vit en effet le feu qui léchait les grandes portes. Il sonna l’alerte et se précipita vers ses hommes.

Le magicien se pencha discrètement vers Terra.

— Peu importe ce que vous verrez ou ce que vous entendrez dans les prochaines minutes, dirigez-vous vers ces grilles. Une fois sur la route, fuyez ! Un ami vous prendra à bord de son véhicule et vous conduira en lieu sûr.

— Comment saurais-je qui il est ?

— Vous le connaissez déjà. Il s’appelle Ben Keaton.

— De Galveston ?

— Oui, sire. Vous pouvez lui faire confiance.

Il poussa Terra en direction du portail et s’arrêta au poste de garde. Terra était nerveux, mais le magicien semblait tout à fait à l’aise dans la peau du docteur Hendrick.

— Je suis désolé, messieurs, je ne peux laisser sortir personne, les avertit le veilleur.

Il y eut alors une terrible explosion dans le stationnement. Voyant que le soldat s’était contenté de tourner la tête vers le nouveau foyer d’incendie, le magicien y ajouta les cris angoissés de ses collègues réclamant de l’aide.

Pendant que la sentinelle hésitait à se porter au secours des siens, Terra vit que les grilles s’étaient magiquement entrouvertes. La guérite fut à son tour secouée par une détonation : le militaire fut projeté sur le sol, mais ni Terra ni le magicien ne furent affectés.

— Courez ! lui cria le vieil homme.

Terra s’élança sur la route. Les grilles se refermèrent derrière lui, empêchant toute poursuite. Le général Howell, un commando de soldats et les cinq civils de nationalités différentes sortirent au même instant de la montagne. Le magicien reconnut les étrangers. Un sourire amusé s’ébaucha sur son visage.

— Ne me dites pas que vous l’avez laissé sortir ! tonna le général.

— Il avait bien travaillé, alors j’ai décidé de le récompenser, répondit le magicien en haussant les épaules.

Hendrick les salua, puis passa à travers le portail comme s’il n’existait pas. L’Asiatique voulut le suivre, mais il dut s’arrêter lorsque les armoiries enflammées de l’ordre apparurent sur les barreaux de métal. Il poussa un cri de rage.

Le général ordonna à ses hommes de défoncer les portes. Cependant, pour y arriver, il fallait utiliser les véhicules d’assaut. Or, ces derniers se trouvaient dans le stationnement en flammes. Les soldats se précipitèrent donc avec des extincteurs et des boyaux d’arrosage pour éteindre rapidement le feu.

Sur la route qui descendait de la montagne, Terra courait de toutes ses forces, sans se rendre compte que c’était la première fois qu’il utilisait ainsi ses jambes depuis son accident. Un homme bondit de la forêt, le forçant à s’arrêter. Terra lui fonça dans les bras et chercha à reprendre son souffle. Il reconnut Ben Keaton, qui l’entraînait dans un sentier couvert. Ils aboutirent à une autre section de route, un peu plus bas. Keaton poussa le Hollandais sur le siège du passager d’un camion, referma vivement la portière et grimpa derrière le volant. Il enfonça l’accélérateur.

— Je ne sais pas si vous vous rappelez de moi, fit son sauveteur. Je m’appelle Ben Keaton.

— Oui, je me souviens, confirma Terra, haletant.

— Je travaille pour le magicien, maintenant. Il m’a demandé de vous reconduire chez vous.

Mais malgré toutes les diversions du vieil homme pour retarder les militaires, ces derniers réussirent tout de même à défoncer la grille. Des jeeps envahirent bientôt la route. Keaton aperçut leurs phares dans son rétroviseur.

— Nous avons de la compagnie, déplora-t-il en accélérant.

— Je ne veux pas être repris, balbutia Terra en pâlissant.

— Je ne les laisserai pas nous rattraper.

— Êtes-vous armé ?

— J’ai une carabine derrière mon banc. Savez-vous tirer ?

— Pas vraiment. Je veux seulement pouvoir m’en servir contre moi-même s’ils arrivent à nous intercepter.

— Je vous jure que ce ne sera pas nécessaire, docteur Wilder.

Mais rien ne pouvait plus rassurer le savant. Il fixait les phares qui se rapprochaient de plus en plus. Terrorisé à l’idée d’être ramené dans sa cage pour le reste de ses jours, il passa par-dessus le banc pour aller chercher l’arme.

— Docteur Wilder, ne faites pas ça ! cria Keaton.

L’une des jeeps frappa le camion sur le côté pour le faire sortir de la route. Lorsque Keaton donna un coup de volant pour garder son véhicule sur le chemin, Terra bascula derrière son siège. Keaton arrivait devant un tournant prononcé. Il s’y engagea, mais sentit tout de suite les roues glisser. Un des véhicules militaires le heurta de nouveau sur le côté.

Keaton perdit la maîtrise du camion, qui plongea entre les arbres. Même en s’acharnant sur la pédale de frein, il ne réussit pas à ralentir la course du bolide, qui fit quelques tonneaux en fauchant de jeunes sapins. Il s’arrêta finalement de lui-même sur le tablier de pierre d’une falaise. L’apprenti fut projeté contre le tableau de bord et perdit conscience, tandis que son passager percutait les bancs, recevant une pluie de paquets sur la tête.

Terra mit un moment à émerger du fouillis sous lequel il avait été enseveli. Il se mit à genoux et posa la main sur l’épaule de Keaton : le jeune homme s’affaissa contre la portière, le visage en sang. Terra comprit qu’il ne pouvait plus compter sur lui pour le protéger. Pris de panique, il regarda par le pare-brise parsemé de craquelures. De petits points lumineux oscillaient plus haut entre les arbres. Il déplaça désespérément les bagages et trouva enfin la carabine. Il s’en saisit et s’extirpa du camion par le hublot arrière, fracassé lors de l’impact. Il mit le pied sur le sol pierreux. Il se trouvait sur le bord du précipice. Il s’accrocha fermement au cadre dénudé de la fenêtre et s’éloigna rapidement de la falaise. Poussé par la peur, il s’enfonça entre les sapins, distinguant à peine ses pieds à la clarté de la lune.

Les soldats surgirent de la forêt et éclairèrent le véhicule accidenté de leurs lampes de poche. Deux d’entre eux découvrirent le corps inanimé de Ben Keaton.

— Est-ce Terra Wilder ? s’informa l’officier en charge.

Ils illuminèrent le visage ensanglanté du conducteur et constatèrent qu’il ne s’agissait pas du savant Hollandais. L’un des soldats appuya les doigts contre le cou du blessé : il n’avait plus de pouls. L’officier leur ordonna de ramener la dépouille à la base. Ils l’identifieraient plus tard. Les autres fouillèrent le camion de fond en comble et conclurent, en apercevant le hublot défoncé, que Terra avait probablement été éjecté du véhicule. L’officier divisa ses hommes en plusieurs groupes pour qu’ils ratissent la forêt.

Terra continua de dévaler le flanc de la montagne, incapable de s’orienter dans la noirceur. Sa frayeur l’empêchait cependant de ralentir. Il passa devant un Amérindien, qui posait des pièges, sans même le voir. L’étranger, lui, l’avait entendu venir de loin. Il percevait aussi les pas des soldats qui se rapprochaient. Cette poursuite piqua sa curiosité, mais il ne voulait pas être surpris par l’armée, car il se trouvait sur des terres appartenant au gouvernement. Il suivit donc Terra en demeurant caché entre les arbres.

Il le vit s’arrêter sur le bord de la rivière, hésitant. Il vit aussi les faisceaux des lampes de poche, de plus en plus près. Désespéré, Terra se planta au pied d’un vieux chêne et leva une main vers le ciel. L’Amérindien eut le souffle coupé lorsque les branches se recourbèrent vers l’inconnu, le saisirent et le grimpèrent vers les hauteurs. Les soldats se mirent à fouiller méthodiquement les berges, mais le chasseur ne se préoccupait plus d’eux. Il gardait les yeux fixés sur l’homme que l’arbre pressait maternellement contre son tronc pour le protéger de ses ennemis. Il n’y avait plus aucun doute dans son esprit : c’était un messager des dieux.

Tandis que les militaires exploraient le flanc de la montagne, Ben Keaton ouvrit les yeux. Il était couché dans le compartiment arrière d’un véhicule militaire. Il se releva lentement et tenta de s’orienter. Il se rappela les dernières minutes de la poursuite et le violent impact. « Wilder… », s’alarma-t-il. Il descendit prudemment de la jeep et se traîna les pieds jusqu’à l’orée de la forêt, à la recherche, lui aussi, du savant disparu.

De l’autre côté de la montagne voisine, Galahad avait sellé les chevaux et faisait maintenant les cent pas devant Donald, qui ne savait plus quoi dire pour le calmer. Keaton et Terra auraient dû être là depuis longtemps, mais le chevalier n’entendait que les bruits normaux de la nuit, rien qui ressemble au moteur d’un camion ou aux pas de deux hommes en fuite. Il finit par s’asseoir près de Donald. Il craignait que le magicien n’ait pas connu plus de succès que l’ordre à Galveston.

 

* *

*

 

Keaton aperçut finalement un essaim de soldats sur la berge de la rivière. C’était l’aube. Il voyait donc parfaitement ce qu’ils faisaient : ils déposaient le corps d’un homme sur une civière. Il constata avec horreur que cet homme portait les vêtements de Terra Wilder !

Le détachement se mit à grimper le flanc de la montagne. Keaton se dissimula davantage entre les branches touffues des conifères. La civière passa près de lui : le cadavre aux cheveux noirs parsemés de mèches grises ne pouvait être que celui de Terra Wilder. Il n’avait plus de visage, de cou ni de mains. « Il a probablement été dévoré par les loups durant la nuit », pensa Keaton en sentant sombrer son cœur. Le roi de l’ordre avait donc connu une fin atroce, même s’il avait réussi à échapper au sorcier. Keaton rassembla le peu de courage qui lui restait et marcha jusqu’à la cabane. Donald s’était endormi, mais Galahad veillait toujours, bien qu’il eût perdu tout espoir de voir arriver Terra. Lorsque la silhouette de Keaton se profila entre les arbres, le chevalier se précipita à sa rencontre.

— Que s’est-il passé ? s’alarma-t-il en voyant son visage couvert de sang séché. Où est Terra ?

— Il est mort, fit sombrement Keaton.

Galahad recula comme s’il avait été giflé. Il fit quelques pas chancelants en secouant négativement la tête, refusant de croire que son meilleur ami puisse avoir quitté cette vie.

— Je suis désolé, Galahad.

— Non ! hurla le chevalier, ce qui réveilla Donald en sursaut.

Le chevalier tourna les talons et s’enfuit dans les bois. Donald remarqua que l’apprenti avait du mal à se tenir sur ses jambes. Son instinct de médecin prit le dessus. Il se précipita pour découvrir d’où venait tout le sang dont il était couvert, mais Keaton l’arrêta et lui conseilla de retrouver Galahad avant qu’il ne commette un acte désespéré. Donald hocha lentement la tête, comme si les paroles de l’apprenti étaient des commandements magiques. Il s’élança sur-le-champ. Un peu plus loin, en larmes, Galahad s’était jeté à genoux.

— Pourquoi êtes-vous si injuste envers moi ? pleurait-il en regardant vers le ciel.

Il sortit son couteau de chasse et, d’un geste sec, se trancha les veines du poignet gauche. Donald arriva en courant, lui arracha l’arme et la jeta au bout de ses bras.

— Laisse-moi ! geignit Galahad.

— Personne n’a le droit de s’enlever la vie !

Donald retira son manteau et sa chemise. Il déchira cette dernière en lambeaux pour en faire des bandages qu’il enroula autour du poignet de Galahad.

— Donald, arrête ! fit le chevalier en se débattant. Si je ne peux pas être à ses côtés dans la vie, alors laisse-moi le rejoindre dans l’au-delà !

— Moi, je ne croirai qu’il est mort que lorsque j’aurai vu son corps de mes propres yeux ! Ne bouge plus ou je t’assomme !

Galahad cessa toute résistance. Il faisait vraiment pitié à voir. Donald le ramena à la cabane et le fit coucher sur un des lits de bois. Il fouilla dans son sac à dos, trouva les calmants qu’il avait apportés pour Terra et obligea le chevalier à en avaler un. Puis, le laissant à ses sanglots silencieux, il se tourna vers Keaton. Ce dernier était assis sur un banc, les épaules affaissées et l’air hagard. Il lui enleva sa chemise et l’examina attentivement.

— Tu n’as pas une seule égratignure et pourtant, tu es couvert de sang ! s’étonna le médecin.

— Ce n’est peut-être pas le mien, murmura Keaton, qui ne voulait pas prononcer le nom de Terra et causer davantage de chagrin au chevalier.

— Que s’est-il passé ?

— Les militaires nous ont poursuivis sur la route. Ils nous ont poussés dans la forêt. J’ai perdu la maîtrise du camion et, après, je ne sais plus. Je me suis réveillé dans un véhicule de l’armée et je suis parti à la recherche de Terra. Je l’ai cherché toute la nuit et ce matin, j’ai vu les soldats emmener son corps sur une civière.

— Es-tu certain que c’était lui ?

— Il portait les mêmes vêtements, mais il n’avait plus de visage. Je pense qu’il a été dévoré par des bêtes sauvages pendant la nuit.

— Je suis médecin, Ben. J’ai besoin de voir un rapport d’autopsie avant de croire que quelqu’un est mort, surtout Terra Wilder, qui possède un extraordinaire pouvoir de guérison.

— Je ne sais pas si le magicien pourra obtenir ces papiers.

— Il te faudra communiquer avec lui.

Keaton voulut acquiescer, mais il perdit conscience, s’écroulant sur le sol comme une poupée de chiffon. Donald s’assura qu’il respirait et le couvrit d’une couverture. Il n’avait pas le choix : il devait attendre que ses deux compagnons aient repris leurs esprits avant de formuler un nouveau plan. Pour patienter, il fit la seule chose qu’il pouvait faire : il pria.

 

* *

*

 

Les soldats ramenèrent le corps mutilé à la base, où les médecins s’empressèrent de l’examiner. Certes, il avait la même taille, le même poids et la même couleur de cheveux que Terra Wilder, mais dans l’état où il était, il était bien difficile de l’identifier sans l’ombre d’un doute.

Ils contactèrent Houston pour obtenir ses tests d’ADN et son dossier dentaire. Le général Howell demanda aussi que l’on fasse tout de suite des radiographies de son crâne. Dès qu’on les lui remit, il cessa les recherches, car les puces électroniques se trouvaient bel et bien au-dessus des oreilles du cadavre. Il n’y avait plus aucun doute dans son esprit : il s’agissait du savant Hollandais. Il ferma les yeux et rassembla son courage. Il devrait expliquer cette terrible perte au Président lui-même.

 

* *

*

 

À la tombée du jour, Ben Keaton reprit conscience avant Galahad. Donald l’aida à nettoyer le sang qui avait séché sur sa poitrine et l’incita à prendre un repas concentré. Il jeta un coup d’œil à son deuxième patient avant de revenir à l’apprenti.

— J’ai du mal à comprendre la dévotion qui unit les membres de l’ordre, avoua-t-il, mais je les envie. Ce doit être très rassurant de pouvoir compter à ce point sur une autre personne.

— En effet, reconnut Keaton.

— Peux-tu m’expliquer le rôle du magicien ?

— Il sert l’ordre, mais il ne communique qu’avec Galahad, sauf lorsque ce dernier est incapable de le rencontrer. Dans ce cas, il accepte de parler à un autre chevalier.

— Donc, Terra ne le connaît pas.

— Je ne crois pas qu’ils s’étaient rencontrés avant la nuit dernière, mais c’est difficile à dire, puisque cet homme peut changer d’aspect à volonté.

Donald se montra incrédule. Il voulait bien accepter l’existence d’un pouvoir de guérison comme celui de Terra, mais celui de se métamorphoser ?

— Et c’est seulement une de ses nombreuses facultés, poursuivit l’apprenti. Je l’ai vu faire des trucs incroyables.

— Comme quoi ?

— Il peut lire un livre juste en plaçant une main sur la couverture. Il peut créer de fantastiques illusions. Un jour, j’ai trouvé un dragon veillant sur moi à mon réveil ! Il peut aussi déplacer des objets sans les toucher.

— Mais personne ne peut faire ça.

— Je l’ai vu de mes propres yeux.

Galahad s’assit brusquement en hurlant de terreur, comme un enfant ayant fait un cauchemar. Donald se précipita pour le rassurer.

Au même moment, Terra se réveillait à la cime d’un arbre, soutenu par ses branches protectrices. L’étui de la carabine était coincé entre sa poitrine et le tronc. Il risqua un œil sous lui. Il n’y avait plus personne. Il dégagea sa main et dirigea sa paume vers le bas. Aussitôt, les branches le déposèrent doucement sur le sol. Assoiffé, le fugitif s’approcha de la rivière pour puiser de l’eau.

— Avez-vous besoin de mon aide, esprit volant ? demanda une voix inconnue.

Terra fit volte-face, mais il n’eut pas le réflexe de s’emparer de la carabine qu’il avait posée par terre.

— J’ai fait beaucoup de choses illégales dans ma vie, mais je veux devenir un homme meilleur, affirma Max Aigle Blanc.

Max était un Amérindien d’une quarantaine d’années, qui avait passé toute sa vie dans la réserve. Il dissimulait souvent des pièges sur la propriété du gouvernement, pour mettre un peu de viande sur sa table. Il avait fréquenté l’école des Blancs, jadis, mais il n’avait jamais oublié les croyances de son peuple. Les esprits de l’air, de la terre, du feu et de l’eau faisaient partie de son quotidien. Il était persuadé que l’homme qui se tenait là était un de leurs messagers. Effrayé, Terra recula maladroitement et bascula dans les eaux glacées. Le courant l’entraîna immédiatement vers les rapides. Se rappelant que les esprits volants ne savaient pas nager, Max plongea et réussit à le ramener sur la rive. L’inconnu avait perdu conscience et un filet de sang s’échappait de sa tempe. Il avait dû se frapper durement la tête. Le chasseur prit le mouchoir attaché autour de son cou et s’en servit pour panser le crâne du blessé. Puis, oubliant tous ses pièges, il le chargea sur ses épaules pour le porter jusqu’à la réserve.

 

* *

*

 

Donald réussit à calmer Galahad, mais pas à le faire manger. Après lui avoir confisqué toutes ses armes, le médecin accepta toutefois de le laisser s’occuper de ses chevaux. Le poignet enrobé de pansements propres, le chevalier s’appuya contre le cheval le plus docile et le caressa en pensant aux bons moments qu’il avait passés avec Terra Wilder, à Houston. Un Amérindien aux longs cheveux blancs apparut de l’autre côté de l’animal. Galahad posa vivement la main sur sa ceinture, mais son couteau de chasse ne s’y trouvait plus.

— Il n’est pas mort, Galahad, affirma le vieil homme. Mon apprenti a bien vu les soldats emmener le corps d’un homme habillé comme lui, mais ce n’était pas Arthur.

En entendant ce nom, le chevalier comprit qu’il avait devant lui le magicien.

— Alors qui était cet homme ?

— Une de mes créations, répondit le magicien en contournant le cheval. J’ai fait bien attention de le faire tout à fait conforme à l’original. C’est ce qui a confondu monsieur Keaton.

Il prit doucement le poignet pansé de Galahad et leva sur le chevalier des yeux remplis de reproches.

— Ne refais jamais ça.

Profondément troublé par l’affection évidente de cet homme, Galahad baissa la tête.

— Ce n’est pas ce que l’ordre t’a enseigné, jeune homme. Si quelqu’un a échoué cette fois-ci, c’est moi. Je n’ai pas su retenir les soldats suffisamment longtemps pour que Keaton puisse mettre le roi en sûreté. Maintenant, c’est à toi de jouer. Rends-toi à la rivière et sers-toi du pouvoir que je t’ai donné il y a plusieurs années. Un Amérindien a repêché Terra. Retrouve-le.

Sans perdre une seconde, Galahad s’élança vers la cabane pour relater à ses compagnons ce que le vieil homme venait de lui apprendre.

— C’est moi son apprenti et c’est à toi qu’il parle ? s’étonna Keaton.

— Les garçons, ce n’est pas le moment de vous chamailler, les avertit Donald sur un ton paternaliste.

Il faisait encore jour, alors ils sellèrent rapidement les chevaux et se servirent de la quatrième bête pour porter leurs bagages. S’ils retrouvaient Terra, ils pourraient aussitôt commencer à monter vers le nord. Ils atteignirent bientôt la rivière, qui coulait de l’autre côté de la montagne, à quelques kilomètres de leur dernier campement.

— Il est impossible de reconnaître la trace d’un homme dans ce fouillis d’empreintes, soupira Keaton en examinant le sol.

— Je connais une autre méthode, annonça Galahad en mettant pied à terre.

Il donna les guides de son cheval à Donald et se mit à marcher sur la berge en allongeant les bras sur le côté, paumes vers le sol.

— Mais qu’est-ce que tu fais là ?

— Nous laissons une trace invisible dans les objets que nous touchons.

Donald en resta éberlué. Tous les membres de l’ordre possédaient-ils des pouvoirs aussi extraordinaires ? Galahad repéra l’énergie de Terra au pied de l’arbre dans lequel il avait passé la nuit. Il la suivit jusqu’à la rivière.

— Il est tombé dans l’eau ici, estima-t-il.

— Et un Amérindien l’a repêché, c’est bien ça ? vérifia Keaton.

— C’est ce que le magicien m’a dit.

Galahad ratissa toute la berge sans trouver l’endroit où l’homme avait hissé Terra. Il revint vers ses compagnons en leur disant que c’était probablement sur l’autre rive. Il remonta en selle afin de trouver un endroit où ils pourraient traverser le cours d’eau.

Pendant que ses amis étaient à sa recherche, Terra Wilder reposait dans un lit de la maison de Max Aigle Blanc. Sa femme, Marie, avait nettoyé sa plaie. L’Amérindien ne voulait surtout pas que cet esprit se désintègre dans sa maison et lui apporte malheur. Il avait donc donné un coup de fil à Hélène Deux Limes, le médecin en chef du dispensaire. Après avoir écouté son récit abracadabrant, elle accepta tout de même de s’arrêter chez lui après son travail, afin d’examiner ce « messager divin » qui saignait de la tête.

— Je n’ai trouvé aucun papier d’identité sur lui, Max, l’informa Marie.

— Et tu n’en trouveras pas non plus, puisqu’il n’est pas mortel ! répliqua son mari.

— C’est un être de chair et de sang comme toi et moi et en plus, c’est un Blanc.

Hélène se présenta à leur petite maison une heure plus tard. Elle fit un examen sommaire du patient inconscient. Sa blessure à la tête avait probablement été causée par un choc violent. Elle craignit qu’il n’ait aussi subi une fracture du crâne et exigea que Max le conduise au petit hôpital, où on lui ferait des radiographies. Puisqu’ils ignoraient son identité, ils décidèrent de l’y faire admettre en empruntant le nom de Dillon Séquoia, un ami de Max qui avait de bonnes assurances. L’inconnu pourrait le rembourser plus tard.

Le chasseur fut bien content d’apprendre que son protégé n’avait ni fracture, ni hémorragie interne. Hélène insista cependant pour le garder quelques jours. Max lui raconta que les soldats avaient traqué cet homme la veille sur le bord de la rivière. Ils décidèrent donc de ne parler de lui à personne, du moins jusqu’à ce qu’il puisse leur dire lui-même pourquoi on le recherchait.

De leur côté, Ben Keaton, Galahad et le docteur Penny avaient retrouvé la trace de Terra un peu plus bas, de l’autre côté du cours d’eau. Ben leur expliqua que les Amérindiens n’aimaient pas les étrangers armés qui arrivaient chez eux comme des chasseurs de primes. Il leur demanda donc de faire preuve de patience lorsqu’ils entrèrent dans la réserve.

Tous ceux qu’ils rencontrèrent secouèrent négativement la tête après avoir entendu leur description de Terra, mais Galahad sentait la présence de son ami et il refusait de partir. Les trois hommes poursuivirent leur route malgré les regards de plus en plus inamicaux qui se posaient sur eux. Alors qu’ils passaient devant la maison de Max Aigle Blanc, Galahad sentit un courant électrique traverser tout son corps. Il arrêta son cheval, s’attendant à voir son roi surgir d’un instant à l’autre.

— Il est passé par ici, assura-t-il à ses compagnons.

Il suivit sa trace jusqu’au dispensaire, où il descendit de cheval pour s’informer au poste de garde. Personne n’avait entendu parler de Terra Wilder. La réceptionniste jura qu’aucun étranger n’avait été admis à l’hôpital depuis des années. Lorsque le chevalier réclama la permission de visiter toutes les chambres, le personnel devint carrément hostile et on le somma de quitter les lieux. Galahad dut se faire violence pour ne pas aller chercher sa carabine et fouiller de force le bâtiment. Il se contenta de les remercier et retourna auprès de ses compagnons, bouillant de colère.

— Je sens qu’il est ici, mais ils refusent de me laisser vérifier, maugréa-t-il.

— Ils n’auraient pas intérêt à nous mentir, Galahad, répliqua Keaton. S’ils disent que Terra n’est pas ici, c’est probablement vrai.

— Mais je capte son énergie ! tonna le chevalier.

— Il est peut-être passé en pleine nuit et personne ne l’a vu, suggéra Donald. Je pense que nous devrions poursuivre nos recherches au-delà de la rivière. Terra fuyait les soldats, alors il est possible qu’il ait continué à courir après avoir été sauvé par l’Amérindien.

Galahad accepta à contrecœur de faire comme Donald le proposait. De toute façon, son don le lui ferait savoir si Terra avait quitté la réserve.

Qui est Terra Wilder ?
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